1. Présentation sommaire de l’espace kouranko-Lele

En Guinée, le pays kouranko-lele se trouve dans la partie Sud-Est du territoire national, et au Nord-Est de la République de Sierra Leone. Il est dispersé dans 25 sous-préfectures, et à cheval entre sept (7) préfectures dont entre autres : Kankan, Kérouané, Kissidougou, Faranah, Gueckedou, Macenta et Kouroussa. Cette vaste partie se trouve aujourd’hui administrativement divisée entre les gouvernorats de Faranah, de Kankan et de Nzérékoré sur le territoire Guinéen.

Son sous- sol est riche (diamant a banankoro dans Kérouané, uranium à firawa dans Kissidougou) ; son sol l’est également avec une superficie cultivable estimée à des centaines de milliers d’hectares ; une hydrographie abondante ; tout y pousse. Tout s’y pratique (le commerce, l’élevage, la pêche, l’artisanat, le tourisme). La contribution de la zone au développement national est immense, non négligeable.

En dépit de ses richesses, et des efforts menés par les différents gouvernements successifs de l’indépendance à nos jours dans le cadre du développement harmonieux de la Guinée, la zone kouranko-Lele rencontre toujours des défis qui obstruent sa marche. Ces défis sont entre autres :

  1. La faiblesse de la participation des cadres aux instances de prise de décisions :

Que ce soit au niveau communautaire ou national, les cadres issus de la zone Kouranko-Lele ne semblent pas beaucoup participer aux espaces de prise de décision, ou occupent des postes effacés dans la gestion de la chose publique au sein de l’administration, alors que les populations, les richesses de son sol et de son sous-sol sont toujours mobilisées en première ligne pour la réalisation des projets d’intérêt national.

A titre d’exemple : La zone s’est illustrée dans la résistance à la pénétration étrangère au sein des troupes samoriennes ;

« Notre hymne national, « Liberté », est composé sur un air conçu par un kouranko, ‘Korafo Moussa’, ce qui signifie : « Moussa le joueur de Kora ». Je vous renvoie à l’article du député originaire de la zone, Mamba Sanoh, titré de la mélodie populaire « Alpha Yaya à notre hymne national Liberté ». La zone a produit beaucoup de célébrités dans tous les domaines : militaire, universitaire, culturel, mystico-fétichiste, politique, musical, chefferie traditionnelle, etc. ;

Avant la création de La CBG et de l’OBK, la zone, à travers Banankoro, était (la mère nourricière) de notre pays. Donc, la zone était à la Guinée toute entière ce que l’est Boké aujourd’hui.

Malgré que la zone regorge des cadres compétents, des techniciens qualifiés et professionnels ; ça fait plus de trois décennies, c’est-à-dire de 1984 à nos jours, seulement un seul de ses fils a été nommé ministre. La valorisation des cadres ressortissants de la zone a des postes de responsabilité dans des sphères les plus importantes de l’administration civile et militaire, permettra non seulement de corriger une erreur structurelle, mais aussi contribuer au développement de la Guinée en général ; et de permettre à la zone d’être dans une dynamique d’un développement durable capable de satisfaire les besoins des générations présentes sans pour autant compromettre la satisfaction de ceux des générations futures.

  1. Inexistence d’une préfecture Kouranko-Lele :

La grande mobilité qui a caractérisée les populations Guinéennes au cours de leur histoire est plus observable chez les kouranko-lele que nulle part ailleurs ici et au nord-Est du territoire sierra Léonais. Leur nombre est estimé à près de trois millions d’âmes.  Malgré l’importance significative de sa population et de son territoire, administrativement, ils constituent aujourd’hui la seule entité ethnico-linguistique sous régionale de la Guinée, qui ne s’identifie pas à travers une commune urbaine (préfecture) qui leur est propre à l’image des Koniankés, des wassolonkas, des Toucouleurs, des Landouma et des Bagas etc…

Pourtant, Vu le décret No D/2002 /049/PRG/SGG du 15 mai 2002 promulguant la loi constitutionnelle adoptée par referendum du 11 novembre 2001, modifiant notamment les articles 88 et 89 de la loi fondamentale ; le président de la République d’alors, feu General Lansana Conte, a promulgué le code des collectivités locales en Guinée.

L’article premier de ce code stipule que : la décentralisation territoriale est un système d’administration consistant à permettre à des groupements humains géographiquement localisés sur une portion déterminée du territoire national auxquels il est conféré la personnalité juridique et de pouvoir s’administrer, sous le contrôle de l’État, par des autorités élues.

Avec cette disposition juridique, mais aussi les différentes promesses tenues par le Président déchu, le Professeur Alpa condé, de créer une commune urbaine (Préfecture) pour la communauté Kouranko-Lele a l’instar des autres grands groupements ethnico-linguistiques de la Guinée ; je demande humblement au Président du CNRD, son excellence colonel Mamady Doumbouya, Commandant en chef des forces armées Guinéennes, de créer une commune urbaine (Préfecture) pour la communauté kouranko-Lele.

  1. La non promotion de la langue et de la culture Kouranko-Lele à travers les médias publics (Radio et Télévision nationales)

La constitution Guinéenne de 2010 en son article premier, stipule que l’Etat assure la promotion des cultures et des langues du peuple de Guinée. Mais nous constatons aujourd’hui avec amertume, qu’à travers l’émission KiBARO de la RTG les langues et cultures kouranko-Lele dérogent à cette règle.

Et pourtant, nulle ne saurait négliger ou ignorer la contribution de son répertoire folklorique à l’enrichissement des arts et traditions populaires mais aussi, au rayonnement de la culture Guinéenne à travers les artistes nationaux de renom comme : feu le célébrissime Mory Kanté, feus Facély Kanté, Maman Kanté, Petit Condé ; Petit Moussa Diawara de Tokounou, Féfé Nyalen, Aminata Kamissoko (« Kouranko ya »), Kandet Kanté (Koteba), Manamba Kante, Mama Diabaté (« Mayèyè »), Papa Diabaté, Fatoumata Kamissoko (« La Guinée », Tenin Diawara la reine de Bagna et Cheick Penor Traore). J’en passe. Le tube planétaire « Yèkè yékè » est entièrement chanté en kouranko.

Nous constatons depuis belle lurette, avec déception que l’Etat n’assure pas la promotion des cultures et des langues du peuple Kouranko-Lele dans les médias publics (Radio et Télévision nationales) à travers l’émission KIBARO.

Je suggère au Président du CNRD, son excellence Mamady Doumbouya, Président de la transition, commandant en chef des forces armées Guinéennes à œuvrer dorénavant à la promotion de la langue et de la culture kouranko-Lele dans l’émission KiBARO a l’image de toutes les autres langues et cultures nationales.

A la lumière de ce qui précède et en vous conformant aux suggestions ci-dessus, vous rentrerez une fois encore dans l’histoire pour ces millions d’âmes.

Par Demba Sanoh, Sociologue, Spécialiste en Sciences du développement

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