TRIBUNEC’est comme une malédiction séculaire sur l’Afrique, qui continue de subir la douleur associée aux errements de ses dirigeants politiques, dont les peuples boivent la mauvaise gouvernance. Les militaires ne sont pas non plus en reste, faisant régulièrement irruption dans l’espace politique au nom de la réforme institutionnelle. C’est un pas en arrière face au mépris des peuples d’Afrique. À chaque pouvoir, son mantra, ainsi que la prolifération des vautours, qui cirent les chaussures du chef. La Guinée n’échappe pas à ce sombre exemple, où la violence d’État a marqué de son empreinte la conscience collective de 1958 à nos jours. Il n’y a en effet aucune préparation pour aider les victimes à tourner la page.  C’est pour cette raison que nous parlons ici du roman d’Henri Lopez « Le Pleurer-rire » publié en 1982 par Présence Africaine, qui fait aujourd’hui actualité concernant la transition guinéenne, dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya.

En effet, « l’auteur rappelle dans le livre l’histoire de son personnage Polepole, dirigeant du pays, renversé à l’issue d’un coup d’Etat. Quelques jours après, un conseil patriotique de résurrection nationale est mis en place. Il est dirigé par le colonel Bwakamabe, promu nouveau chef d’État. Dans leurs commentaires, les éditorialistes s’insurgent contre le nouveau chef. Certaines sources rapportent que le coup d’État du général Bwakamabe s’est soldé par plusieurs centaines de cadavres. À chaque conseil des ministres, les membres du gouvernement sont fouillés à la porte d’entrée et sont tenus de se soumettre au chef comme des élèves dans une salle de classe. Dans son mot de clôture lors d’une réunion des ministres, le président de la République déclare que « songer à des élections c’est tomber dans la faiblesse du juridisme. Pour lui, il n’est donc pas question de céder le pouvoir à la canaille envoûtée par Satan. Il est prêt à se battre, à mourir et à tuer pour conserver entre ses mains pieuses le pouvoir conféré par Dieu… ».

C’est pour ainsi dire que le roman « pleurer-rire » d’Henri Lopez n’est pas que livresque. Il nous aide à comprendre les enjeux liés quand il y a coup d’Etat en Afrique et ses lendemains qui désenchantent.

L’homme du 5 septembre n’échappe pas à ce tableau sombre. Puisqu’il avait promu de ne pas faire comme ses devanciers. Dans un passé récent, Moussa Dadis Camara était devenu incontrôlable, illuminé par le goût du pouvoir, et il finira par être un exilé éternel.

Pour oser dire son nom : le salut du colonel Mamadi Doumbouya consistera à instaurer le dialogue direct avec les partis politiques dominants, ensuite, mettre de côté les travaux titanesques qu’il rêve de faire.

Le problème guinéen se résume à deux niveaux :  la violence d’Etat et l’absence d’une alternance politique à caractère inter-ethnique depuis 1958. Puisque le premier dirigeant Ahmed Sékou Touré a fait 26 ans au pouvoir ; le deuxième a emboîté le pas, fera 24 ans sans partage, et le troisième Alpha Condé, qui a tenté d’en faire la moyenne.

Donc, en tirant les leçons de toutes ces péripéties, l’on se rend compte que tous les dirigeants de ce pays sont coupables. C’est d’ailleurs l’erreur que le colonel Mamadi Doumbouya est en train de commettre, en voulant trop se focaliser sur les crimes commis sous Alpha Condé en oubliant toute la fourchette de l’histoire depuis 1958, alors que le problème guinéen est plus profond qu’une simple vue de surface.

Pour réussir cette transition, lumineuse idée est qu’il instaure le dialogue direct avec les plus représentatifs de la classe politique guinéenne pour faire revenir la confiance. Ensuite, qu’il initie une conférence nationale souveraine dont la finalité est d’indemniser toutes les victimes de la violence d’Etat. Et enfin, qu’il organise les élections afin de recoudre le fil de la continuité républicaine de l’Etat. 

 

Par Idriss Fall