Colonel Mamadi Doumbouya au milieu, entouré de deux membres-clés du CNRD, colonel Amara Camara et colonel Sadiba Coulibaly, à l'arrivée d'une délégation de la CEDEAO.

Quand des militaires procèdent au coup d’État, comme c’est le cas souvent en Afrique par tradition, des citoyens applaudissent aux illustres inconnus dans l’attente de réduire les inégalités et de bénéficier la part qui leur revient dans la redistribution des richesses nationales. Puis, il y a des citoyens parmi le peuple, pour des raisons d’injustice, acclament des deux mains le pouvoir militaire. Mais au-delà de cette vue superficielle, les militaires une fois au pouvoir, présentent les mêmes caractéristiques communes.

Ces derniers agitent le peuple par le moyen des discours populistes, prédisent le grand chamboulement, promettent la reddition des comptes publics – tout en oubliant qu’ils doivent se remettre en cause, se souvenir qu’ils ont été le ciment de consolidation de différents régimes d’injustice. Le récent putsch militaire en Guinée renversant Alpha Condé galvanise des citoyens dans l’espoir que le pays va connaître un lendemain meilleur. Ce sentiment est nourri d’une part de la séquentielle question sur la limitation de mandat en Afrique, et d’autre part, la souffrance accrue du bas peuple. Mais nous devons multiplier la vigilance pour que cette transition réussie.

L’optimisme mesuré face à la junte au pouvoir

Si le coup d’État contre Alpha Condé rend joyeux certains citoyens, au même titre, le sujet doit nous amener à raisonnablement penser la finalité de cette transition loin de tout enthousiasme. L’histoire de la Guinée nous illustre aussi son côté pervers quand un régime change par le moyen d’un putsch militaire. C’est le cas pour Lansana Conté et idem pour Moussa Dadis Camara, deux cas dont le premier a confisqué le pouvoir durant vingt-quatre ans et le deuxième a tenté sans succès. Lorsque le peuple accueille les putschistes en situation de sauveurs, c’est une image derrière laquelle la préoccupation de bourrer les poches hante l’esprit des nouveaux arrivants. Par la suite, ils lèguent au peuple un travail bâclé et laissant derrière eux de multiples divisions sociales.

La sincérité de ceux qui ont renversé Alpha Condé se montrera dans leur comportement par déclarer publiquement leurs biens. Que le peuple sache que représentent ces illustres inconnus. Il convient de rappeler aux putschistes que la question relative à l’audit des comptes publics ne relève essentiellement pas du travail d’une équipe de transition. Par contre, elle a opportunément la capacité de faire des recommandations au nouveau pouvoir civil – qui aura la charge de gouverner la Guinée après la transition.

Les citoyens doivent adopter de l’optimisme mesuré face à la situation actuelle dans le souci de savoir où les putschistes veulent nous amener. Il ne s’agit pas d’entraîner le peuple dans la guerre du monde contre le monde faisant l’impasse sur l’essentiel. Aujourd’hui, la préoccupation de tout bon Guinéen, c’est de mettre la pression derrière ces putschistes à emprunter la bonne voie pour un retour rapide à l’ordre Constitutionnel. C’est le seul fait qui peut nous épargner du péché originel d’une transition militaire. À méditer !

Par Makoura