L’attitude du président des États-Unis à l’égard du peuple vénézuélien ne surprend pas. Elle s’inscrit dans une logique impérialiste ancienne, cohérente et persistante, qui traverse l’histoire contemporaine sous des formes sans cesse renouvelées. Cette logique, les peuples d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie la connaissent trop bien : elle repose sur la négation de la souveraineté des nations jugées indociles et sur la soumission forcée de leurs choix politiques, économiques et stratégiques.
L’impérialisme ne se justifie plus aujourd’hui par la colonisation directe, mais par des mécanismes plus sophistiqués et tout aussi violents : sanctions économiques unilatérales, pressions diplomatiques, isolement financier, guerre informationnelle et délégitimation politique. Frantz Fanon l’avait clairement établi : la domination ne disparaît jamais, elle se transforme. Elle change de vocabulaire, mais conserve la même finalité : maintenir les peuples dans un état de dépendance permanente.
Le Venezuela, comme d’autres nations avant lui, a fait le choix courageux de la souveraineté. Or, l’histoire nous enseigne que ce choix n’est jamais gratuit. La République de Guinée, en 1958, en a fait l’amère expérience. En refusant la soumission déguisée sous les habits trompeurs du confort colonial, notre pays a été menacé, marginalisé et victime de tentatives de sabotage économique. Mais le Président Ahmed Sékou Touré l’avait affirmé avec force et clarté : il vaut mieux la pauvreté dans la dignité que l’opulence dans la servitude. Le Venezuela subit aujourd’hui une épreuve comparable, pour avoir osé défendre son droit souverain à décider pour lui-même.
Les sanctions imposées à ce pays ne sont pas de simples instruments de pression diplomatique. Elles ont des conséquences humaines, sociales et économiques profondes. Elles visent à briser la résistance d’un peuple en asphyxiant son économie, en limitant l’accès aux médicaments, à l’énergie et aux ressources essentielles. Cette stratégie n’est ni nouvelle ni isolée. Elle a été utilisée contre Cuba, l’Irak, l’Iran, la Libye, avec des résultats toujours dramatiques pour les populations civiles que ces politiques prétendent pourtant protéger.
Mais au-delà de l’acte impérial lui-même, ce qui interpelle le plus, c’est le silence de la communauté internationale, en particulier celui des pays historiquement dominés. Ce silence est une faillite morale et politique. Ahmed Sékou Touré rappelait que la dignité est la condition première de la liberté. Se taire face à l’injustice, c’est accepter l’ordre imposé ; c’est renoncer à cette dignité. Ce mutisme affaiblit le droit international, vide le multilatéralisme de sa substance et consacre la loi du plus fort comme norme mondiale.
Dans une perspective panafricaniste et souverainiste, les pays en voie de développement doivent tirer des leçons claires de cette situation.
D’abord, la souveraineté ne peut être symbolique. Elle doit être réelle, assumée et défendue quotidiennement par des choix économiques, monétaires et diplomatiques cohérents. L’indépendance politique sans indépendance économique demeure fragile et exposée aux chantages extérieurs.
Ensuite, la dépendance structurelle constitue une menace permanente. Aucun État ne peut prétendre à la liberté s’il ne contrôle pas ses ressources stratégiques, son système productif et sa capacité à subvenir aux besoins fondamentaux de sa population. L’autosuffisance prônée par Ahmed Sékou Touré n’était ni un repli ni un isolement, mais une condition essentielle d’une coopération internationale juste et équilibrée.
Par ailleurs, l’isolement est l’arme la plus redoutable de l’impérialisme. Les pays du Sud, et particulièrement les nations africaines, doivent bâtir une solidarité active, pragmatique et courageuse. Une parole collective forte dans les instances internationales réduirait considérablement l’efficacité des sanctions unilatérales et redonnerait un sens réel à la coopération Sud-Sud.
Enfin, il est impératif de réhabiliter le courage politique. La liberté ne se mendie pas, elle se conquiert. L’histoire ne retient pas ceux qui se sont tus par prudence ou par calcul, mais ceux qui ont osé défendre la dignité et la souveraineté de leurs peuples au prix de sacrifices.
Le Venezuela n’est pas un simple dossier géopolitique. Il est un symbole contemporain de la lutte pour la souveraineté dans un monde encore structuré par des rapports de domination. Comme la Guinée en 1958, il pose une question fondamentale à toutes les nations en développement, et singulièrement à l’Afrique : voulons-nous la sécurité illusoire dans la dépendance, ou la liberté responsable dans la souveraineté ?
L’histoire, une fois encore, jugera.
Cheick Oumar TRAORÉ
Président de l’Organe provisoire de Direction de l’Upag – Les Patriotes de Guinée 🇬🇳























