Ousmane Salamy Camara

L’enseignement technique et de la formation professionnelle est devenu une vache laitière. Il est généralement considéré comme un enseignement laissé-pour-compte de l’enseignement général. Ce sont ainsi les élèves en difficulté scolaire qui sont régulièrement orientés vers les filières professionnelles.

Cette image s’est renforcée avec les difficultés que connaît ce département suite au manque d’attention dont il a été l’objet les années passées qui l’ont rendu incapable de fournir les compétences requises par les entreprises. Or, le premier objectif  est de former des jeunes, et des adultes, au monde du travail. Avec la révolution technologique et les innovations dans les domaines de la science et la technologie ; les besoins du marché du travail ont énormément évolué. De nouveaux défis doivent être relevés afin que la formation et l’enseignement proposés soient en adéquation avec le monde professionnel.

Je tiens à rappeler que ce Ministère est toujours  embryonnaire et marginalisé au sein du système éducatif de manière globale, et pourtant, il accueille de plus en plus d’apprenants, qui représentent le socle du développement.

Le Gouvernement  doit  donner à ce Ministère toute sa quintessence et sa pluralité de dimension, afin d’en faire un levier de développement  et un des principaux instruments de la lutte contre la pauvreté. Pour traduire cela :

Il apparaît indispensable pour ce département  de disposer d’un document de politique en vue de relever le défi du développement des ressources humaines. Toutefois, la définition d’une politique sectorielle ne doit pas seulement être une déclaration d’intention, ni un discours plein de promesses et suscitant des espoirs, encore moins un chapelet d’idées juxtaposées, mais plutôt une vision dont la faisabilité est rigoureusement analysée à partir d’éléments factuels constituant les preuves des déclarations et des intentions. D’où les états généraux de l’enseignement technique.

En outre, on relève d’autres difficultés dont les plus saillantes sont :

A- Déficits en personnel enseignant, formateur et d’encadrement

  • Le manque d’un statut adéquat pour les enseignants/formateurs de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle ;
  • Le déficit de formation continue, lié à l’insuffisance du personnel d’encadrement Pédagogique et de structures adaptées, dédiées à cet effet ; Seul L’ENPET qui est visible  mais aussi paralysé ;
  • L’utilisation non rationnelle des enseignants/formateurs, due essentiellement à la non-prise en compte de leur polyvalence.
  • La rigidité du dispositif de recrutement du personnel enseignant/formateur.

B- Inadaptation et insuffisance des curricula

  • l’instance de validation des programmes (Commission nationale des programmes) n’est ni fonctionnelle, ni adaptée ;
  • Le milieu professionnel est peu impliqué dans l’élaboration des curricula. Il n’existe pas un cadre formel et permanent de concertation entre les acteurs de ce secteur  et le milieu professionnel ;
  • le dispositif d’accès d’un niveau de formation plus bas vers un autre plus élevé (CAP,BTS…), d’une part, et, d’autre part, le mécanisme d’équivalence et de passerelles entre les systèmes de formation formelle et non formelle, existe mais  inadaptés.

C- Inadaptation et insuffisance du matériel didactique et des équipements

  • Le matériel didactique et les équipements insuffisants et qui n’ont pas été toujours mis à jour avec l’évolution des technologies, aussi bien dans les centres de formation professionnelle, dans le privé comme dans le public ;
  • Le manque du matériel et l’insuffisance de maintenance, du fait de l’inexistence  de l’autonomie de sa gestion par les établissements et centres de formation ;
  • L’inexistence d’une structure spécialisée en production de matériel didactique.

D- Difficultés d’insertion socioprofessionnelle

Les apprenants subissent les mêmes difficultés d’apprentissage que ceux de l’enseignement général. Malgré les contraintes auxquelles le sous-secteur est confronté :

  • Le nombre de personnes en fin de formation professionnelle a augmenté dans les centres privés et publics ;
  • L’analyse diagnostique révèle également que les diplômés ont d’énormes difficultés d’insertion professionnelle,
  • Les principales causes de cette faible insertion socioprofessionnelle des sortants sont :
  1. La méconnaissance des techniques de recherche d’emplois et de l’entreprenariat qui est en cours avec APC;
  2. La faiblesse des relations Écoles/ Entreprises ;
  3. L’insuffisance de politiques d’auto emploi due à l’insuffisance des mesures incitatives, d’une part, et, d’autre part, à l’insuffisance de préparation à l’auto emploi;
  4. Le manque de spécialisation et le faible intérêt pour le financement des projets d’auto emploi par les institutions de financement de la place.

E- Insuffisance des moyens financiers

L’une des contraintes majeures limitant le développement de ce secteur est sans nul doute l’insuffisance des ressources financières. En effet, les budgets alloués au Ministère de l’Enseignement technique  sont dérisoires. Cela limite les possibilités d’investissement et d’innovation dans les établissements.

Cet état de fait a plusieurs causes :

  • La faiblesse des crédits de l’État alloués à ce secteur ;
  • La non-prise en compte de l’Enseignement technique et professionnel dans les champs d’intervention ;
  • La difficulté à mobiliser de façon continue les financements extérieurs au bénéfice de ce secteur ;
  • L’absence de textes officiels conférant aux établissements et centres de formation,  une autonomie de gestion dans les domaines de la gestion rationnelle des ressources humaines et matérielles et pour la mobilisation des ressources financières additionnelles nécessaires à leur autofinancement ;
  • L’absence d’une politique ou d’une stratégie de financement du secteur privé (promoteurs privés) ;
  • L’absence d’une étude des coûts réels des différents dispositifs de formation professionnelle en place et d’une budgétisation réaliste des coûts d’investissement et de fonctionnement des réformes à mettre en œuvre.

Suggestion et recommandation

De ce qui précède, nous proposons :

  1. Le prélèvement obligatoire au niveau du secteur privé des taxes (30 à 40 % )  qui devrait servir pour le financement de la formation professionnelle ;
  2. Créer un fonds d’appui à la formation professionnelle ;
  3. La formation sur place et à l’étranger des enseignants/formateurs des ateliers et centres de formation ; Accord de bourse d’études pour les formateurs ;
  4. Dégager un budget pour l’enseignement technique et rendre autonome sa gestion comme l’université ;
  5. Commander en quantité et en qualité la matière d’œuvre (Matière première pour la formation) ;
  6. Equiper les écoles techniques en outillage collectif et individuel ;
  7. Les meilleurs étudiants à chaque 5 ans doivent être retenu pour être assistant ;
  8. Organiser et assister les étudiants sortant à la création des coopératifs ou des entreprises afin d’être autonome ;
  9. Doter les Directions et les directeurs des écoles  des moyens logistiques ;
  10. Imposer à toutes les entreprises de prendre en stage des étudiants.

En somme, pour les états généraux nous recommandons :

 Une série de mesures et de dispositions à prendre pour matérialiser la mise en œuvre de la politique nationale de l’enseignement technique et professionnelle  et la mise en place des dispositifs Juridiques d’accompagnement.

1- Adoption de la politique nationale  en Conseil des Ministres ;

2- Adoption de textes réglementaires d’application de la politique nationale ;

3- Création de la Commission Nationale ;

4- Désignation et mise en place de la structure de coordination ;

5- Mise en place d’un dispositif de planification et de suivi/évaluation ;

6- Mise en place des cadres de concertation de tous les acteurs.

Cette Commission aura pour mission d’assister les avis du Gouvernement dans les orientations et la mise en œuvre de la Politique Nationale  et cette commission sera constituée de représentants :

  • l’État et des différents cadres du ministère l’enseignent technique ;
  • Organisations professionnelles des différents secteurs d’activités (employeurs et salariés) ;
  • Partenaires sociaux (ONG, associations, etc.) et des partenaires au développement.

Par Ousmane Salamy Camara

DES Mathématiques appliquées et BTS Mécanique Générale de Maintenance

Président Association Auto et Secourisme Guinée

Professeur de Cours /Consultant

620552023/657594141

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