On se souvient de la transition dirigée par le Général Sékouba Konaté grâce à l’aide de feu Jean-Marie Doré, en tant que Premier ministre, chef du gouvernement, et qui avait une dextérité sans pareille en matière de la conduite de l’action gouvernementale. Et chaque fois qu’il y avait une crise, il savait comment la prévenir en premier lieu.

La transition actuelle conduite par le colonel Mamadi Doumbouya aura certainement son salut si le Premier ministre actuel parvient à rassembler tout le monde et sait manier les arguments pour réunir les acteurs politiques autour d’une même table. Mais depuis que la durée de cette transition a été entérinée par le CNT, l’opinion publique constate le fossé entre le CNRD et les partis politiques ayant bénéficié par le passé de larges suffrages. Cela sans doute n’est que le début des crises en gestation, puisque les acteurs censés être le pilier de cette transition ne se parlent plus.

Aujourd’hui, force est de constater qu’il n’existe pas de corps intermédiaire au plan institutionnel (CNT ou autre organe) qui puisse rapprocher les positions des acteurs. L’idée de toute médiation étrangère a été rejetée par le CNRD. Le ministre guinéen des Affaires étrangères, le Dr Morissanda Kouyaté, a affirmé dans un entretien à l’arrivée à Conakry du conseiller français du Quai d’Orsay en charge de l’Afrique de l’Ouest, qu’il n’y a pas de crise majeure en Guinée. Cette affirmation est par nature un conflit potentiel et vient d’être démentie par un membre du G58, Pépé Francis Haba, lors d’une émission de Mirador, ce jeudi 19 mai 2022.

Selon Pépé Francis Haba, l’idée des manifestations est « un appel ultime à la raison, à la responsabilité au CNRD, surtout à son président Mamadi Doumbouya, de revoir leur copie et de considérer la Guinée, notre pays, que nous sommes tous des frères. Qu’il faut qu’absolument que nous soyons autour de la table de parler de la transition notamment son chronogramme et des activités majeures qui sont en train de se dérouler sur le terrain.

Qu’il est de la responsabilité des partis politiques, de la société civile, de prendre leur responsabilité, d’en appeler à la responsabilité des uns et des autres, quand la démocratie est bâillonnée à travers l’interdiction des manifestations, quand notre Guinée commune est en danger, puisque les différents actes posés et l’analyse de la situation sociopolitique que nous avions hier, nous amènent à conclure que notre pays est en danger. Qu’il est tout à fait normal, quelles que soient nos couleurs politiques, quelles que soient nos appartenances religieuses ou nos appartenances communautaires, qu’on parle d’une même voix, et naturellement qu’on dénonce ce que nous appelons effectivement l’autoritarisme, parce que, quand Mamadi Doumbouya et son équipe considèrent qu’ils ne sont pas soumis à la charte de la transition qui est quand même notre loi suprême, quand il viole cette loi suprême, quand la charte est en contradiction avec leurs intérêts ou leur élan de confiscation du pouvoir, il est tout à fait normal et notre devoir de tirer la sonnette d’alarme, de nous organiser pour se faire entendre, pour n’est pas que notre pays plonge davantage… », a-t-il déclaré.

Désormais, le CNRD semble avoir les secrets de la réussite de cette transition, notamment dans l’idée de nommer un nouveau Premier ministre dont le caractère dépasse toute considération partisane, et qui soit en mesure de ramener les partis politiques opposés autour du chronogramme de la transition.

 

Par Moud Barry