Tribune de Kémoko CAMARA

L’histoire des Nations est jalonnée de faits et d’événements de toute nature. Des faits de grandeur mais aussi des ratées. L’histoire est faite de batailles, de victoires mais aussi de défaites, donc de hauts et de bas, et donc de victimes, de victimes de part et d’autres. Les antécédents en la matière n’en finissent pas: cela est vrai pour les USA, première puissance mondiale qui a connu la guerre de sécession où les sudistes et les nordistes se sont massacrés à coups de millions de morts. Cela est vrai également pour la France, qui a fait sa longue marche ensanglantée jusqu’à sa révolution ensanglantée, qui a laissé place à Napoléon et son cortège de guerres. Cela est vrai aussi pour la Grande Russie et son héritage soviétique avec des camps de concentration et des millions de morts. Qu’en est-il de la Chine et ses millions de morts? La Turquie et ses massacres, son génocide arménien. L’Allemagne, première puissance économique européenne et son nazisme. L’Italie et son fascisme. Le Nigeria et la guerre du Biafra, sans oublier les conflits inter-ethniques à coups de milliers de morts. Le Sénégal et le massacre de Valdiodio N’Diaye et ses centaines de compagnons, sans oublier de la guerre de la Casamance, le plus vieux conflit sur le continent. L’Afrique du Sud et l’Apartheid. L’Algérie et ses harkis, la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone, le Liberia et leurs guerres civiles…

Toutes les Nations sont bâties sur d’innombrables sacrifices. La Guinée, notre pays n’est pas en reste. Nous avons connu, nous aussi, de sombres et douloureux événements malgré notre passé glorieux. Il nous revient donc, comme toutes les autres Nations, de les assumer et faire en sorte que ça nous serve d’enseignements en vue de bâtir un avenir radieux. Nous devons grandir en tant que Nation, être un peuple mature capable de se fixer des objectifs communs, une génération qui réfléchit et agit au rythme des intérêts de la Guinée et de l’Afrique. C’est à ce travail que nous invitons ceux de nos compatriotes comme Thierno Monenembo et tous ces ethno-activistes qui véhiculent la haine et le mensonge. Il faut rappeler qu’au cours d’une réunion en 2018, nos parents de la coordination Haali Pular scandaient en langue nationale Pular, je cite:« Mein yöttötö» = « nous allons nous venger ». Dans une autre vidéo en 2020 à Tanènè, le vieux Sans-loi:«Mein yöttötö ».

Nous partageons la colère saine de nos parents face aux tueries de nos enfants sur l’axe, mais nous déplorons de tels extrêmes. Notre position aurait été la même si les proches des victimes de 1985 agissaient ainsi. Parce qu’en appeler à la vengeance dans un pays où les crimes politiques touchent toutes les composantes de la Nation, c’est prôner la fracture sociale. Parce que s’il fallait venger les 366 guinéens tombés lors de l’agression portugaise, que deviendraient les proches de Siradiou Diallo et ceux de ses complices? S’il fallait venger les cadres et commerçants tués en 1985, que deviendraient les enfants de Baldé, d’Ibrahima Sory Diallo, d’Alhoussein Fofana, Hervé Vincent Bangoura ou de Komoyah? Quel sort serait réservé à tous ces commerçants qui ont spolié les magasins des commerçants tués en 1985? Elhadj Sans-loi lui-même ne s’est-il pas offert CFAO de Kindia et autres biens appartenant aux commerçants malinkés tués en 1985? Dans un pays où les crimes d’État ont saigné toutes les composantes de la Nation, ruser à faire de la sélectivité ou en appeler à la vengeance, c’est être pire que les auteurs de ces crimes.

Il est donc clair que certains compatriotes ne recherchent pas la vérité, encore moins la cohésion sociale. La vérité pour eux n’a de sens que si elle concourt à imposer leurs émotions, leurs intérêts égoïstes, leurs subjectivités au reste des guinéens. Ils ne dénoncent que les crimes subis par leurs proches, et refusent le même traitement pour les autres victimes. Thierno Monenembo vient de le rappeler: «la Guinée est une famille…mais si le scénario de 2010 se répétait cette famille exploserait en mille morceaux». Donc il y aurait une condition à ce que la Guinée reste une famille. Il n’y aurait donc pas de paix en Guinée tant que leurs caprices ne triomphent pas. C’est ainsi qu’ils cherchent obsessionnellement à réduire Sékou Touré au camp Boiro et à ternir les actes de noblesse de notre histoire. Parce que ceux-là qu’ils affectionnent n’ont pas été du bon côté de l’histoire. Nous demandons à la nouvelle génération de se désolidariser de telles subjectivités et à rejoindre nos positions républicaines en faveur de la sauvegarde de l’unité nationale.

Quant à Thierno Monenembo, c’est une boule de haine à la solde d’un combat satanique acharné contre la dynamique panafricaine et progressiste en Guinée. Ses multiples déclarations en font foi. Tenez! En 2007, Thierno Monenembo déclarait: « que le premier peul du gouvernement de consensus était le sixième dans l’ordre de préséance». Quel est l’intérêt d’une telle mesquinerie à part la mise en péril de la cohésion sociale? Surtout que dans ce gouvernement, il y avait beaucoup plus de peuls que tous les autres. Encore, il déclare sans preuves que « Sékou Touré a déclaré la guerre aux peuls » alors qu’il n’ y a aucun discours, ni  aucune preuve qui soutient de telles affabulations. En dehors du caractère mensonger de cette autre déclaration, quel est son intérêt pour une Nation multiethnique qui cherche à se construire?

Voici un écrivain qui, contrairement à Mongo Béti, Ahmadou Kourouma et tant d’autres de sa trempe, n’a jamais dénoncé le colonialisme, encore moins la françafrique. Il a essentiellement mis sa plume à la solde du narratif colonial pour s’attaquer aux dirigeants résistants du continent: Kadhaffi, Gbagbo Laurent… Concernant Sékou Touré, Monenembo reste un vil instrument tendant à dénaturer, déformer voire criminaliser la glorieuse histoire de l’homme tant en Guinée qu’à l’international. Ses déclarations communautaristes qui n’ont rien de littéraire, jettent l’opprobre sur la crédibilité de sa démarche en Guinée. Qu’il soit chouchouté par une France revancharde confirme bien qu’il agit contre la Guinée.

Chers frères et sœurs, face à l’échec de nos aînés à nous unir, il revient à notre génération désormais de veiller à la sauvegarde de l’unité nationale. Si nous avons hérité d’une Nation fracturée, nous avons quant à nous, l’obligation de réussir le raffermissement des liens fraternels. Nous pensons à cet effet, que le problème se situe plus au niveau du système de gouvernance que les personnages qui nous ont gouverné. Sans vouloir délier ces derniers de leurs responsabilités pour autant. Nous vous faisons remarquer que ceux qui dénoncent les crimes du régime du RPG sont ceux-là même qui ont commis ou justifié les pires crimes politiques et économiques dans ce pays. Qu’est ce qui nous dit qu’ils ne vont pas recommencer une fois revenus aux affaires. Nous vous faisons remarquer également que le RPG est le parti qui a le plus combattu pour la démocratie et la réconciliation nationale dans ce pays. Mais nous l’avons tous vu au pouvoir.

Notre système de gouvernance se fonde sur la corruption et la répression. Personnaliser le débat, focaliser le débat sur les seuls personnages de nos dirigeants, nous condamne aux perpétuelles répétitions.  En tant qu’intellectuels, nous devons être capables d’aborder nos problèmes sociétaux avec hauteur et parcimonie. Nous avons à cet effet précisé qu’il faut sortir de cet État policier en faveur d’un état de droit. Nous invitons donc toutes les forces vives de la Nation à soutenir le CNRD dans son projet de refondation de la Nation. Nous invitons également le CNRD à s’investir courageusement en faveur de la refondation de la Nation. Nous les invitons à avoir les yeux rivés plus sur la préservation de la Guinée que sur la préservation d’un quelconque hypothétique pouvoir.

        Que Dieu bénisse la Guinée et l’Afrique !

                                                                                                                 Kémoko CAMARA

                                                                                                      Porte-parole du Front Républicain